ENTRETIEN AVEC PHILIPPE VILAIN: L’AMOUR EST TOUJOURS UNE CHOISIE

Auteur de romances et essayiste de succèss (tous ses lives ont étés édites par Gallimard et Grasset ndr), gagner du prestigieuses  Prix Francois Muriac en 2006, intellectuel et scénariste: Philippe Vilain est un de ces écrivain en voie de disparition, qui façonne les mots magistralement, en donnant eux nuances de signification uniques et authentiques.

C’est un talent qu’on perçoit surtout quand Vilain écrit et réfléchit sur l’amour, un sujet que, pendant les siècles, à été beaucoup examiné, mais sur lequel Vilain réussit encore à réfléchir et à nous faire réfléchir.

Pour cette raison, ses romans ne sont pas seulement d’une lucidité désarmant, mais ils se transforment aussi en vrais décalogues des sentiments, capables de trainer le lecteur dans les méandres compliqués de celui qui aime.  Pas son genre (traduit en Italie comme Non il suo tipo et réédité en 2014 lors de l’adaptation cinématographique de Lucas Belvaux avec le titre Sarà il mio tipo? E altri discorsi sull’amore) en est un exemple significatif. Dans ce roman, Vilain ne raconte pas seulement de l’improbable relation entre le professeur de philosophie Clément et la coiffeuse Jennifer — et du moyen par lequel, malgré leur forte liaison, le malaise qu’ils prouvent en relation avec le milieu de l’autre, casse la relation — mais il s’interroges aussi sur une des  questions, les plus tragiques que les amoureux peux se demander: dans une couple, est-ce que il y a toujours quelqu’un qui aime plus que quelqu’un autre?

Ecrivain, scénariste, homme de lettres, intellectuel. Qui est Philippe Vilain ?

Sans doute suis-je un peu tout cela, même si, au fond de moi, je ne me sens pas « scénariste », et je ne sais pas exactement ce que signifie « homme de lettres » -qualificatif vague, d’une autre époque, que le rédacteur de Wikipédia a choisi d’inscrire dans ma notice. En revanche, je me sens profondément « écrivain » et « intellectuel », dans le sens où je ne sais vivre sans penser, sans faire de mon expérience sensible une matière intellectualisable, dans le sens où je ne peux me contenter d’écrire des romans sans participer à une réflexion plus générale sur la littérature et ses enjeux.

Quel est votre modèle littéraire de référence ?

Les modèles littéraires qui m’ont construit sont toujours des œuvres intellectualisant le sensible, dans lesquelles la raison tente de maîtriser les passions, comme A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, l’Adolphe de Benjamin Constant ou L’Ennui de Moravia. Mais d’une autre manière, il y a aussi l’œuvre de Marguerite Duras.

Est-ce que vous avez toujours pensé être écrivain ?

J’ai souhaité devenir écrivain vers 18 ans après avoir renoncé à mon rêve de devenir joueur de football. J’ai fait des études de lettres modernes en ce sens.

Quels sont les éléments de l’écriture que vous avez retrouvés dans le cinéma ?

Le cinéma est une écriture différente de la littérature, même si la littérature tend, de plus en plus, à calquer le cinéma : le cinéma fonctionne par l’expression de l’image mais peut se passer de mots ; la littérature, elle, doit exprimer des images par les mots. C’est une opération d’écriture totalement différente.

Dans vos romans, vous avez exploré l’amour « intime », en écrivant sur la paternité, la jalousie et les sentiments, mais aussi sur les différences culturelles et la culpabilité. Qu’est-ce que l’amour ?

C’est un sujet qui m’intéresse énormément, en effet, et qui est peut-être le sujet de toute ma vie, celui qui m’interroge le plus et que j’ai le plus de plaisir à interroger, parce qu’il est riche et complexe, superficiel et profond, et que tous les grands enjeux humains, individuels et collectifs, politiques et moraux, culturels et sociaux, s’y rencontrent. Je pourrais reprendre à mon compte la formule de Stendhal, le plus italien des écrivains français, pour lequel l’amour est la grande affaire de sa vie. Ce qui me fascine en particulier dans l’amour, c’est la rencontre amoureuse, le choix amoureux, c’est d’observer qui rencontre qui et pourquoi nous choisissons telle personne plutôt que telle autre.

Il n’y a pas un amour mais plusieurs formes d’amour. En soi, l’amour ne veut rien dire, il est relatif, subjectif et pourrait être illustré par des réalités extrêmement différentes, parfois contradictoires. Disons que les deux formes d’amour qui me parlent le plus, à mes yeux d’idéaliste romantique, sont l’amour-passion –celui qui est sans calcul et qui nous transforme- et l’amour de bienveillance, soit les deux formes gratuites et désintéressées de l’amour, l’amour d’abnégation tourné vers le bien de l’autre, l’amour qui n’attend rien que le plaisir avec l’autre.

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Dans Pas son genre (réédité en 2014 lors de l’adaptation cinématographique de Lucas Belvaux), les personnages s’interrogent sur une question fondamentale du couple, il y a toujours quelqu’un qui aime plus que l’autre. Qu’en pensez-vous ?

En fait, je pense que le problème se pose autrement et qu’il ne faut pas penser l’amour conjugal comme un degré, mais plutôt comme une différence : ce n’est pas tant que l’un aime plus que l’autre, mais que, dans un couple, on aime différemment – ce qui crée souvent des déséquilibres, des insatisfactions et des frustrations. Nos sentiments sont de nature différente et ne puisent ni dans les mêmes motivations, ni dans la même histoire et les mêmes blessures. Nous aimons, durant un temps donné, une personne avec laquelle on partage des intérêts, mais nous aimons cette personne pour une raison différente que cette personne, elle, nous aime. En cela, l’amour peut devenir un malentendu.

Qui aime le plus de Clément ou de Jennifer ?

Une des raisons du succès de Pas son genre est de poser des questions taboues, impertinentes, qui nous interrogent tous, mais dont nous détournons le plus souvent : comment et pourquoi j’aime l’autre ? Qui aimons-nous quand nous aimons ? J’ai lu et entendu beaucoup d’opinions sur cette relation entre Clément et Jennifer, et je m’aperçois que beaucoup de lecteurs sont tombés dans le piège que je leur avais tendus en stigmatisant Clément et en lui préférant Jennifer. La facilité est, en effet, de penser que, dans ce couple, Jennifer aime davantage, parce que Jennifer nous attendrit et que Clément nous est antipathique, mais la vérité est ailleurs, d’une part, parce que c’est précisément Clément, en racontant son histoire, qui, maître de la narration, valorise Jennifer en s’attribuant, par abnégation, le mauvais rôle ; d’autre part, parce que Jennifer aime différemment que Clément ne l’aime ; enfin, parce que si Jennifer aime Clément, c’est qu’elle l’estime aimable, et non détestable, non arrogant (après tout, elle n’est forcée à rien et elle est libre de se refuser à lui : s’il était si antipathique pourquoi l’aimerait-elle ? A moins qu’elle ne soit elle-même comme lui, aussi antipathique, ce qui n’est pas du tout son cas ; aussi, et c’est une évidence, n’aurait-elle pas été avec lui, ne lui aurait-elle pas trouvé autant d’intérêts si elle n’avait pas eu le sentiment, par-delà les barrières sociales et culturelles, d’être faite pour lui. Pour répondre à votre question, on pourrait même dire que, si l’amour est une construction sociale, et si, comme l’a bien montré Schopenhauer, on aime des représentations et des genres par-delà les personnes, l’amour de Jennifer alors s’avère plus intéressé que l’amour de Clément, car ce que Jennifer, la coiffeuse provinciale, aime en Clément, c’est aussi le professeur parisien, auteur d’un essai à succès, qui l’extraie de sa catégorie sociale, la valorise culturellement, la flatte socialement pour, finalement, la distinguer de son milieu ; d’une certaine manière, son amour est moins désintéressé que l’amour de Clément à son égard qui, lui, d’un point de vue sociologique, se déclasse en aimant la coiffeuse comme en trahissant son milieu bourgeois.

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Le narrateur du roman, François Clément, philosophe et auteur d’un essai consacré à l’amour, bien qu’il en annule la profondeur avec une rationalité excessive. Clément tombe amoureux de Jennifer, une coiffeuse, d’origine sociale et de culture opposées : soit deux mondes en désaccord. Pensez-vous que le secret d’une attraction durable soit l’attraction des contraires ?

Un amour durable n’a pas de recettes, sinon peut-être une communauté de goûts et d’intérêts sur laquelle il peut construire et s’envisager un avenir. Statistiquement, l’attraction des contraires se condamne à finir plus rapidement que l’attraction des semblables, mais le problème n’est-il pas de faire de la durée d’un amour le seul instrument de mesure de cet amour ? A mes yeux, la durée n’est un gage d’amour que si cet amour est librement consenti et n’est pas un choix par défaut, s’il engendre davantage de plaisirs que de frustrations, puisque l’on peut rester avec une personne pour des raisons qui, précisément, ne sont ni amoureuses, ni moralement estimables (pour des intérêts matériels, peur de la solitude, lâcheté de penser que l’on n’est pas libre de choisir une autre vie, etc…). De même, les preuves sociales de l’amour, comme le mariage ou les autres formes contractuelles, ne sont pas des

preuves de l’amour mais seulement des preuves de l’intérêt commun. Ce qui est pour moi le gage absolu de l’amour, c’est la liberté de choisir, l’intensité et l’honnêteté entre deux personnes, la bonté et le désir commun de vouloir le bien de l’autre. Cela peut durer quelques mois comme plusieurs années, mais la durée, en aucun cas, ne peut définir l’amour. D’ailleurs, comme l’écrit Marguerite Duras, dans Les petits chevaux de Tarquinia, « aucun amour au monde ne peut tenir lieu d’amour ». Toutes les formes de l’amour peuvent incarner l’amour, aucune ne peut s’en accaparer l’exclusivité du sens.

Pas son genre : pourquoi avez-vous choisi ce titre qui fait tant penser ?

J’ai justement choisi ce titre pour faire penser. Ce titre est emprunté à la phrase de Proust dans Du côté de chez Swann : « Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne plaisait pas, qui n’était pas mon genre. » Chez Proust, comme chez Marivaux ou Rousseau, l’amour trouve plutôt sa vérité et sa profondeur dans la relation des contraires et l’exercice d’une épreuve sociale à surmonter, soit dans la situation où l’altérité peut le plus s’exalter : nous avons tous tendance à aimer narcissiquement la mêmeté, soit ce qui nous ressemble, mais l’amour, peut-être le plus vrai, peut-être le plus fort, s’acquitte de toutes ressemblances et de toute communauté d’intérêts. Pas son genre, mon roman, interroge de la même façon et demande, à travers son titre, qui parle de qui ? Est-ce le professeur qui pense qu’il n’est pas le genre de la coiffeuse ou la coiffeuse qui pense ne pas être le genre du professeur ? Réversible, l’équation veut ainsi montrer que l’amour peut advenir en dehors des genres, non tant par l’attraction des contraires que par l’abstraction des contraires, la dissolution absolue des différences, l’accord des désaccords, que l’on trouve dans de rares cas de mixité sociale.

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Selon Philippe Vilain, pourquoi est-ce qu’on tombe amoureux ?

Je ne saurais répondre à une telle question. Si j’étais neuroscientifique, je dirais que nous autres, êtres humains, sommes organiquement programmés pour tomber amoureux, et j’expliquerais que c’est un processus de stimulation cérébrale –avant d’atteindre le cœur, finalement- qui fait partie de notre fonctionnement ; et si je n’étais pas écrivain, je dirais que l’on tombe amoureux pour écrire de beaux romans et raconter de belles histoires. La vérité est que je n’en sais rien. Je sais seulement que tomber amoureux est la plus belle chose qui nous arrive.

Traduzione di Marika Nesi

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Valentina Nesi

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